Seminario internacional:
Los jardines históricos: protección del patrimonio
y turismo cultural.
“La renaissance des jardins en France : un phénomène de société”
Michel Racine
Esta conferencia está protegida por las leyes de derecho intelectual. No puede ser reproducida en todo o en parte -por cualquier medio- sin la previa autorización escrita de su autor. Para citar, utilizar las convenciones internacionales, con indicación de fuente.
Buenos Aires, novembre 2008
Voir/ne pas voir le patrimoine
S’il s’est passé quelque chose d’important en France depuis vingt-cinq ans, c’est le développement exceptionnel de l’intérêt pour le jardin. Sur le plan économique, les dépenses liées au jardin concurrencent celles liées au bricolage. Jardiner est aujourd’hui la troisième activité de loisirs des Français - activité liée au développement de l’habitat individuel en France, et au mouvement général en faveur de la nature. Les Français sont à nouveau saisis par la passion du jardinage et des jardins.
Ils redeviennent des amateurs de jardins, avec un nombre croissant d’amateurs avertis obligeant les professionnels de l’horticulture, du paysage, de la formation, à s’améliorer sans cesse.
Associant nature et culture, savoir et savoir-faire, découverte spectaculaire et découverte active, ce phénomène exprime des demandes sociales multiples.
Dans les années 1980-1990, les français ont progressivement changé leur regard sur leur environnement naturel et construit.
Ils ont redécouverts leur patrimoine de jardins, comme l’ont fait d’autre pays d’Europe, l’Italie par exemple. Ce patrimoine nécessitait d'être réhabilité après six années de guerre suivies de quarante ans d'oubli.
Voir/ne pas voir le patrimoine
La redécouverte des jardins en Europe
Ce changement de regard, je l’ai vécu personnellement et j’ai tenté, à ma manière, de le faire partager en faisant des inventaires, en écrivant des livres sur les jardins. Cela a commencé à la fin des années 1970 par l’expérience d’une découverte à Marseille et dans le sud de la France.
Découverte induite par la redécouverte des jardins des Médicis en Italie
La redécouverte des jardins de rocaille à Marseille
Entre 1860 et 1914, l’association à Marseille d’une riche bourgeoisie et d’artisans habiles, souvent d’origine italienne a produit un art rustique très inventif.
Au cours de cette recherche, j’ai eu le plaisir de rencontrer Daniel Schàvelzon, un autre explorateur du patrimoine urbain qui avait trouvé à Buenos Aires, des développements de l’art des rocailleurs comme l’extraordinaire Gruta de la Constitucion réalisée par Ulrico Courtois.
Mais pourquoi suis-je passé pendant dix ans devant les architectures et les jardins des rocailleurs de Marseille, sans les voir, et pourquoi les ai-je vu soudain ? Pourquoi après les deux livres et la grande exposition que je leur ai consacré, la ville toute entière est-elle restée aveugle devant ce qu’elle a de plus original en matière de patrimoine ?
La recherche sur les rocailleurs m’a donné l’idée de faire un inventaire des jardins dans le sud-est de la France. Le Ministère de l’Equipement l’a accepté en 1982, à titre expérimental.
Les jardins de Provence et de la Côte d’Azur
Ce fut le premier inventaire régional de jardins en France - dénommé « pré-inventaire », pour ne pas faire de l’ombre aux responsables du grand inventaire des richesses artistiques. Car en 1982, lorsque j’ai questionné les responsables locaux du patrimoine (architectes des bâtiments de France), on m’a dit qu’il n’y avait pas ou plus de jardins dans la région… Il n’y avait en effet pour l’administration que 10 jardins listés par ICOMOS et 32 jardins protégés.
Trois ans plus tard, en 1985, nous avions trouvé et documenté 200 jardins en région Provence-Alpes-Côte d’Azur.Et en 1994, le seul inventaire des jardins de la Côte d’Azur comptait 315 jardins documentés.
En 2004, la région Provence-Alpes-Côte d’Azur comptait 160 protégés.
Jardins de Provence
Nous avons trouvé différents types de jardins en Provence
- jardins d’hôtels particuliers, dans la ville
- jardins de pavillons, aux portes de la ville
- jardins de bastides, à la campagne, associées à une ferme (l’équivalent des villas italiennes), interprétations du modèle classique mêlé d’influences italiennes et de particularismes locaux comme la « tèse » « ou teso en provençal qui signifie « filet »), longue allée buissonnante pour la capture des petits oiseaux au moyen de filets.
Jardins de la Côte d’Azur
Après le pré-inventaire, (66 jardins recensés), l’inventaire réalisé en 1988 a permis de documenter 315 jardins et de les classer :
- jardins réguliers, jusqu’à 1820, (80 jardins)
- jardins d’hiver et de l’exotisme, jardins paysagers irréguliers au XIXe siècle, de 1821 à 1910, (111 jardins),
- jardins du soleil et de la Méditerranée et retour du jardin géométrique au XXe siècle de 1911 à 1950 (76 jardins)
Il amorce aussi une classification géographique :
- la bande littorale (203 jardins),
- le moyen pays, jusqu’à la limite de l’aire de fructification de l’olivier (99 jardins),
- le haut-pays (13 jardins)
Jardins d’hiver et paysages de tropiques tempérées
Avec le chemin de fer, la haute société européenne découvre la Riviéra. En progressant vers l'est (1861 à Cannes, 1872 à Vintimille), le train ouvre chaque petite ville au tourisme. Les municipalités créent des parcs publics,organisent des fêtes pour" la saison". La côte devient un rendez-vous d'hiver. Rentiers à la recherche du printemps éternel, et tuberculeux en quête de guérison descendent chaque jour des palaces, des villas mauresques ou autres architectures éclectiques sous le signe unificateur du blanc.
Le palmier est particulièrement recherché des collectionneurs, en raison de sa grande dimension et de son pouvoir évocateur. Face au miroir de la Méditerranée, on rêve des rives orientales dont on reconstruit des images occidentalisées.
Dans son guide "La Côte d'Azur"(2), Stephen Liegeard note en 1887 l'ouverture permanente de nombreux jardins qui peuvent être parcourus à toute heure,librement,en dehors de toute surveillance.
Comme on collectionne les plantes on collectionne aussi les pierres, telle Caroline Miolan Carvalho dans la villa Magali de Saint-Raphaël où elle dispose quarante trois fragments des Tuileries" ou Charles Garnier lui même (4 ) dans sa villa de Bordighera.
Le jardin « méditerranéen »
Dès la fin du XIXe siècle, les anglais avaient inventé des jardins nouveaux où les matériaux locaux et les fleurs sauvages y étaient mis en valeur et anoblis par l'utilisation de formes et de décors de la renaissance italienne ou des jardins andalous. Ce nouveau regard qui intègre le paysage local et le met en scène fut véhiculée d'Angleterre par les revues, par la colonie anglaise et plus particulièrement par l'architecte Harold Peto qui travailla sur la Côte d'Azur de 1893 à 1910. Dans ses compositions de la Villa Sylvia inspirée de la Villa Medici de Fiesole, de Maryland, Rosemary, Les Cèdres, Isola Bella, Bella Vista, il associe habilement des parties très élaborées, des parterres fleuris réguliers, des vergers et un cadrage de paysages choisis.
Cette interprétation du paysage de la Côte d'Azur s'enrichit d'une autre tendance, celle du jardin-encyclopédie. En même temps que certains paysagistes publient divers ouvrages d'histoire des jardins en Europe et dans le monde d'autres offrent ces tours du monde des jardins dans leurs créations. A la Villa Ile de France (1905), à Champfleuri (1912)comme au jardin Albert Khan à Boulogne ou à Compton Acres à Pool, on visite le jardin comme on feuilleterait un grand livre des jardins,passant du jardin florentin au jardin espagnol,hollandais, mauresque ou japonais.
La Côte d'Azur est sans doute l'une des régions du monde les plus riches en créations de l'entre-deux guerre. Plus que jamais,la méditerranée est alors à la mode. Le cyprès détrône le palmier. Avec l'automobile on accède à de nouveaux sites, on découvre les bains de mer,le soleil et les jardins deviennent des jardins de printemps, d'été .
C'est aussi le début du jardin à thème, du jardin de couleur, le retour à la géométrie et la création de jardins « méditerranéens ».
Ferdinand Bac , après le jardin d'inspiration italienne et espagnole de la Villa Croisset à Grasse(1912),après ses transformations de la Fiorentina au cap Ferrat, il réalise son oeuvre maîtresse aux Colombières à Menton. Jardin-itinéraire, "bouquet de tous ses souvenirs de voyage", le jardin des Colombières offre d'innombrables découvertes : d'un côté des visions colorées et nostalgiques à l'intérieur des compartiments géométriques ménagés dans une oliveraie, de l'autre de savants cadrages capturant une partie du paysage.
J.C.N. Forestier accompagne la publication de ses réalisations en Espagne,au Maroc et en France d'une histoire des jardins méditerranéens(7) . À partir de 1912, à mi-chemin entre sa résidence d'hiver sur la Côte d'Azur et de ses chantiers en Espagne, il crée à Béziers, un jardin au dessin épuré combinant parterres réguliers ,pergolas de briques couvertes de boiseries bleues , céramiques et chemin d'eau andalous . En 1927 il dessinera le jardin de la Bastide du Roy à Biot, remarquable par son parterre géométrique subtilement fleuri au milieu d'une oliveraie.
Certains amateurs égalent ou surpassent les professionnels comme Blasco Ibanez dans son Jardin des Romanciers à Menton (1922),inspiré du Parc Maria Luisa créé par J.C.N.Forestier à Séville.
Lawrence Johnston à Serre de la Madone à Menton (1919) . Célèbre chasseur de plantes et créateur de Hidcote Manor, modèle du nouveau jardin anglais, L. Johnston transforme quelques terrasses en une succession de salles de verdures,le long d'un axe principal volontairement modeste qui permet de ménager , à chaque palier, une découverte latérale .
En rupture avec les tendances culturalistes, le jardin de Gabriel Guévrékian réalisé en 1926 pour Charles de Noailles à Hyères participe des mouvements d'avant-garde des "années folles",ce qui le fait nommer aujourd'hui "jardin cubiste" , en raison du dynamisme de la forme générale.
En 1985, l’ ARPEJ (association que j’avais fondée en 1983) a organisé un Symposium international sur le thème « Politiques des jardins » et nous avons proposé d’organiser une campagne sur le modèle anglais « Visit and english garden »
Après un travail personnel non rémunéré, nous avons pu publier en 1987 « The gardens of Provence and of the French Riviera », MIT Press, et lancer en 1988 la campagne nationale "Visitez un jardin en France" (avec un budget de 31 000 € !). Le succès a été si considérable que le ministère de la Culture s’en est emparé et l’a poursuivi jusqu’en 1995 avec des moyens très importants.
La découverte des ressources d'un patrimoine historique exceptionnel, dans toutes les régions et leurs paysages variés.
À la fin des années 1980, tandis que les inventaires commençaient à faire apparaître les jardins comme une ressource, très peu de jardins étaient visités, à l’exception du jardin Claude Monet, de Villandry, pionnier dans l’ouverture depuis 1920,et de Versailles, surtout visité pour son château. Les visiteurs se contentaient de descendre et remonter le tapis vert.
À partir de 1990, une véritable politique d’État fut mise en place.
Les résultats du « pré-inventaire » de Provence-Alpes-Côte d’Azur incitèrent les ministères de l’Équipement et de la Culture à poursuivre l’expérience dans toutes les régions. De nombreux jardins oubliés furent ainsi mis à jour : plus de 3 500 jardins remarquables.
La mise en tourisme des jardins nécessitait une politique de protection et d'aide aux propriétaires publics et privés pour rénover leurs domaines, valoriser les jardins et pas seulement les châteaux, les ouvrir à la visite.
De 1990 à aujourd’hui, on a assisté à une vague massive de restaurations de jardins historiques et de création nouvelles nourries d'histoire et des mouvements artistiques contemporains
Pour une poignée de chasseurs de jardins, la découverte de jardins abandonnés ou près de l'être comme *Serre de la Madone et le *Jardin des Romanciers à Menton, *le Jardin Joseph Guy à Béziers dessiné par J.C.N. Forestier et bien d'autres, reste à jamais des moments inoubliables.
La surprise vint non seulement de la qualité des jardins découverts dans toutes les régions mais de leur quantité.
En 1990, la première édition de mon guide des jardins de France proposait 550 jardins. L’édition de 2000 en proposait 762. En 2007, la dixième édition propose 1234 jardins.
De nombreux jardins d’intérêt historique furent réhabilités sur la base de l’interprétation des restes sur le terrain et de documents divers. Les interprètes sont à la fois des architectes des monuments historiques, des propriétaires, des paysagistes, des responsables d’institutions, des artistes contemporains.
Au critère historique s’est ajouté le critère de « jardin remarquable » fondé sur des critères touristiques.
Dans le foisonnement d’initiatives, on note particulièrement :
- les interprétations de jardins classiques,
à commencer par les jardins de Le Nôtre. Chantier du président Mitterand, les jardins des Tuileries ont échappé à un traitement dogmatique et bénéficié de l’interprétation moderne très appréciée due la collaboration de Pascal Cribier et Louis Benech.
Versailles
La tempête de 1990 a donné l’occasion de lancer une grande campagne de réhabilitation des jardins et une campagne de communication.
L’objectif est de montrer les jardins tels que Louis XIV voulait les montrer. Restituer l’état des jardins à sa mort. Le concept central reste celui d’un musée, un jardin-musée de 900 hectares.
En 15 ans, les visites au château sont passées de 2,5 millions de visiteurs à 3 millions, les jardins de 3 à 10 millions de visiteurs.
700 000 visiteurs pour le Domaine de Marie Antoinette, 550 000 pour le Grand Trianon, 1 million pour les activités (dont les Grandes Eaux) organisées par la filiale « Château de Versailles Spectacle » et 40 000 pour les manifestations privées. Les bénéfices sont de 10 millions d’euros.
L’Etat paie les fonctionnaires et une partie des travaux et l’Etablissement public paie le fonctionnement et une partie des travaux.
Deux publics : un public non récurrent et un public de proximité.
Un public de plus en plus versatile, connaisseurs, exigeant, stressé et en attente d’apaisement, des points de repos, de restauration, des toilettes, de plans d’information,
Quelle approche donner à ce jardin-musée ? visites familiales, visites d’amateurs, animations ?
Les inventaires régionaux de jardins ont d'abord fait découvrir des réalisations importantes témoignant de
la diffusion du modèle classique de Versailles en province et de son adaption remarquable aux potentialités paysagères locales: climat, relief, sols, matériaux, végétation, caractéristiques de l'eau et de la lumière. Dans chaque région, la maison de campagne du XVIIe devient une maison de plaisance (à partir du milieu du XVIIIe siècle) associée à un domaine agricole, forestier et de chasse a engendré des formes de jardins adaptés :
l'ouvrage d'Antoine Joseph * Dezaillier d'Argenville (1709) et maintes fois réédité 1747, édition pirate de La Haye en 1739) offrait des modèles.
En dehors de la Provence que nous avons déjà vue, le modèle se diffuse partout :
En Auvergne: Château Dauphin* et son potager en caissons déjà décrit par Montaigne en 1581, près d'un siècle avant l'invention du Potager du Roi de Versailles par Jean-Baptiste La Quintinye,
Opme* dessiné en 1612 face à l'horizon des volcans d'Auvergne, Cordes* dont les charmilles forment un cratère de verdure,
*La Bâtisse (1701) installé sur les deux rives d' une petite vallée.
Dans les Alpes: Le Touvet* (1758-1771), une application littérale de l'ouvrage d'Antoine Joseph Dezaillier d'Argenville* (1709 et maintes fois reédité) pour idéaliser un torrent alpin:
En Normandie : *Brécy est composé en 1666 sur le principe d'une théâtralisation du ciel de Normandie. En Bourgogne, à Tanlay* on joue avec la perpective des paysages de canaux,
Au sud de la France, les parterres classiques de Castries* (1666) et de Castres* (1676), témoignent de la maîtrise bien romaine de l'eau en milieu méditerranéen avec les acqueducs de Castries* et de La Mogère* (1770) qui viennent comme en écho du Pont du Gard et les buffets d'eau et nymphées caractéristiques des potagers ornés du Languedoc à La Mogère*, La Mosson*.
Partie 2-2 Les interprétations du Moyen-Âge
De 1980 à aujourd’hui, le renouveau d’intérêt des français pour le jardin s’accompagne d’un extraordinaire mouvement de création de jardins médiévaux. Il s’agit de réalisations interprétant des sources littéraires et iconographiques peu nombreuses et des sites qui peuvent être d’origine médiévale, romantique ou n’ayant aucun rapport particulier avec le Moyen-Âge.
Alors qu’au Moyen-Âge, le jardin est un jardin de prière, un jardin alimentaire et de plaisir du contact avec la nature, alors que le jardin romantique intègre les ruines et leur végétation comme un ingrédient pittoresque, il y a dans le jardin romantique contemporain, la recherche d’une certaine authenticité, d’un retour aux sources. Mais celles-ci sont rares. Et la recherche d’authenticité concerne surtout les plantes
« Le jardin des cinq sens » est le nom donné au premier jardin médiéval à vocation touristique de la nouvelle vague de jardins médiévaux, créé en 1986 à Yvoire par le paysagiste Alain Richert pour M. et Mme d’Yvoire.
Aujourd’hui, le jardin médiéval propose une relation pédagogique à la plante. En 1987, l’ethnobotaniste Pierre Lieutaghi crée le jardin de Salagon, jardin des simples et des plantes villageoises, des senteurs, jardin de la noria, jardin du chêne blanc et jardin des temps modernes Il témoigne d’un renouveau d’intérêt pour les médecines traditionnelles,
Aux Jardins de Valloires en 1987 Gilles Clément souligne que ces jardins ont « enrayé la mécanique apparemment inéluctable selon laquelle un site historique se momifie progressivement dans les limites administratives des périmètres sauvegardés ".
en 1987 aussi Alain Richert réalise les jardins de La Guyonnière, dans le Poitou. Pour lui le Moyen-Âge est un tremplin pour imaginer neuf clos, choux-saule-véronique-petits fruits-abeilles-ileas-halésias-papillons,pour travailler les textures et les matières naturelles, tonnelles en châtaigner ou en aulne, barrières de châtaigners, ruches en seigle et écorce de ronce, ou osier recouvert de bouse de vache.
En 1989, au Prieuré Saint Michel en Normandie, Anne Chahine accompagne un bel ensemble monastique des XIIIe et XVIIIe siècles et un musée, de jardins visitables à thèmes incluant un jardin des simples et de plantes potagères bordé de roses anciennes et d’un verger où elle organise une fête des plantes. La même année en Bourgogne, Chantal Duléry a commençé par planter un potager devant sa maison Louis XIII, puis l'envie lui est venue de créer un jardin inspiré par les quelques documents décrivant le contenu d'un jardin du Moyen-Age. Très vite, ce jardin d'herbes et de fruits conçu selon le cartulaire de Charlemagne est devenu "Le Jardin" de ses plaisirs jardiniers où elle a priviligié les ambiances.
Dix ans plus tard, avec Chantal Duléry et Philippe Bergerot, au Donjon de Rosières en Bourgogne, nous avons cherché à composer un jardin en harmonie avec l’architecture et les lignes du parcellaire agricoles.
En 1992 au Donjon de Vez, Pascal Cribier fait une interprétation savante et épurée des gravures médiévales où la perspective n'existe pas. Les implantations de carrés fleuris sont deux fois et demie plus espacées dans la largeur. Les haies latérales, deux fois moins hautes à l'arrivée qu'au départ, afin d’augmenter l'effet de raccourci.
En 1993 autour du Prieuré d’Orsan fondé au XIIe siècle, Sonia Lescot, Patrice Taravella, ont dessiné et réalisé des jardins destinés à la visite, une libre interprétation des miniatures médiévales, des plessis de châtaigners, le potager, les simples, le verger, la roseraie, la pergola, le parterre et les jardins secrets.
Dans le projet controversé du Jardin du Musée du Moyen-Âge Eric Ossart et Arnaud Maurières ont créé un jardin à thème agréable reprenant les attentes des commanditaires, mais sans aucun lien l’architecture du musée ni avec les superbes ruines romaines, ni avec le quartier.
Des créations multiples.
Un tour de France permet de découvrir de nombreuses créations associant professionnels et amateurs : jardins de femmes, municipalités à la recherche d’image, musées, associations et manifestations, en particulier le Festival de Chaumont-sur- Loire
Faire vivre le patrimoine
Depuis quelques années, les manifestations se multiplient pour faire découvrir le patrimoine autrement, revisité par des artistes contemporains. Versailles joue encore le rôle de locomotive avec ses Nuits blanches, et Versailles off.
Le Comité des Parcs et Jardins de France créé en 1990
regroupe les associations de propriétaires de jardins promotion des parcs et jardins qui acceptent de s'ouvrir au public
Le Conseil national des parcs et jardins a été créé en 2003.
Il décerne le label "Jardin remarquable", attribué pour une durée de 5 ans sur proposition des commissions régionales f
Il organise les « Rendez-vous aux jardins »
manifestation nationale, organisée par le Ministère de la Culture et de la Communication en étroite collaboration avec le CPJF. le premier week-end du mois de juin. Dans toutes les régions de France, les parcs et jardins, privés ou publics, ouvrent leurs portes pendant 3 jours. Le public peut ainsi rencontrer propriétaires et jardiniers, et assister aux animations proposées : ateliers, expositions, concerts…
En 2009, les "Rendez-vous aux jardins" auront lieu les 5, 6 et 7 juin. Le thème de ces trois journées sera "Terre, Terrain, Territoire".
Annexe :
Le tourisme de jardins en France (extraits de l’enquête réalisée par Michel Racine et Marguerite Blandignières pour l’ AFIT 2003-2006
Entre professionnalisme et amateurisme, une grande variété d’attitudes
Les jardins ouverts à la visite recouvrent une grande variété de situations allant de la gestion professionnelle de quelques-uns qui deviennent de véritables entreprises (Villandry, Eyrignac, Orsan) de petits jardins ouverts quelques jours par an en passant par une foule de jardins privés et publics aux statuts et aux projets variés. Le professionnalisme dans un jardin que l’on habite se fait au prix d’un investissement personnel très fort. Au Parc Floral de Haute-Bretagne, M. Jouno répond lui-même au téléphone, fait les visites guidées, assure la comptabilité et la partie commerciale. À Villandry, « la vie sur place est nécessaire. C’est une entreprise, une activité professionnelle à temps plein, y compris les week-end. Je me charge personnellement d’accueillir les journalistes et les personnalités, ainsi que de diriger les manifestations et toute la partie informatique. C’est à ce prix que l’activité est rentable et que nous recevons autant de visiteurs “ » dit Robert Carvallo.
Mais d’autres ayant moins de visiteurs diront que « ce n’est pas sur les entrées qu’on a envie de gagner de l’argent car les déficits sont déductibles des revenus. Beaucoup de propriétaires ne cherchent pas à devenir des structures commerciales, car si l’entreprise fait des bénéfices, l’impôt augmente ». « Le tourisme de jardin n’est pas un moyen de gagner de l’argent. Seuls peuvent s’en sortir les quelques grands sites devenus des pôles touristiques. C’est le même problème sur tous les types de patrimoines » souligne M. Taravella, peu optimiste sur l’avenir commercial des petits jardins.
Dans l’ensemble composite des « autres jardins », l’investissement personnel peut être aussi important bien que l’ouverture y soit plus mesurée. Elle est dictée par le site, la disponibilité, la motivation et les moyens dont disposent les propriétaires. La rentabilité de ces situations intermédiaires est aléatoire et difficile à appréhender car la fiscalité est favorable en cas de déficit… Très souvent, la survie des gestions privées tient à la pluri-activité. Dans de nombreux cas, on souligne l’importance des évènements pour relancer la communication. D’une façon générale, on ne soulignera jamais assez que le tourisme de jardin fonctionne à plusieurs vitesses.
L’enquête réalisée par Michel Racine et Marguerite Blandignières pour AFIT confirme que la recommandation d’augmenter le prix des visites de jardins est passé. En 1993, la plupart des visites des visites (59 %) coûtaient entre 0 et 2,6 €. En 2000, 64 % des visites coûtent plus de 2,6 € avec une majorité des prix situés entre 2,6 € et 5 €. Ce changement de stratégie des propriétaires s’explique par la prise de conscience que l’ouverture au public,, activité lucrative en théorie, coûte cher, et que la condition de son existence et que le visiteur en paye le prix.
L’amélioration de la qualité des jardins et des structures d’accueil et l’intérêt croissant des visiteurs a entraîné un net accroissement de la durée des visites. Les visites durent entre une 45 minutes heure et 1 heure pour la plupart des jardins. La petite visite de passage dans les jardins n’existe plus.
Dans le domaine de la communication, la publicité individuelle s’est largement développée avec aujourd’hui 77 % de jardins qui diffusent un dépliant. Mais le plus remarquable est qu’en 2000, 32 % des jardins interrogés possèdent un lien avec internet, un outil efficace pour remédier à l’isolement de certains.
Mais la promotion associée avec d’autres sites n’est pas encore systématique (58 % seulement).
Selon l’étude sur le marketing de jardin « dans le Monde » présentée au colloque de Metz en octobre 2004 (publiée en 2005), sur 997 jardins en Europe , le tourisme de jardin est une réalité Européenne qui se développe, dans des aires de courts séjours, à moins de 3h de train.
53 % des jardins sont à moins de 5€
Parmi les jardins à forte fréquentation,
1/3 entre 20 000 et 200 000 €
Les concepts et arguments : rarement un seul argument.
Budget marketing très faible : 7,5% au lieu de 25% pour les parcs de loisirs
Développer des marques « jardin » fortes, internet
Des visiteurs de tous les âges.
En dépit de l’absence de statistiques, les entretiens semblent confirmer que les visites de jardins intéressent tous les âges. Le propriétaire peut ensuite infléchir en direction de telle ou telle clientèle en fonction de l’ambiance qu’il souhaite créer ou maintenir.
Possibilités et les limites de développement du flux de visiteurs
De nombreux propriétaires confirment ce que notre étude avait avancé en 1994 : à chaque jardin correspond un nombre optimum de visiteurs. À Villandry, « nous avons 25 % de groupes organisés et 75 % d’individuels. Nous ne souhaitons pas spécialement que la proportion des groupes augmente car ils pourraient gêner le calme et la tranquillité des autres visiteur ».
Conclusion
Il faudra à la fois permettre aux propriétaires et gestionnaires de jardins d'acquérir plus de professionnalisme dans la valorisation paysagère et touristique et mieux faire comprendre les spécificités des jardins aux professionnels du tourisme.